Uber : les dessous de la guerre des VTC

Uber : les dessous de la guerre des VTC

Par Francois Lenglet et Loïc Farge

ÉDITO – Uber est entré dans la phase la plus compliquée de son développement. Une lutte sociale importante, car il s’agit notamment d’inventer une nouvelle forme de travail.

Le ministre des Transports Alain Vidalies réunit ce lundi 19 décembre les plateformes et représentants des chauffeurs VTC pour tenter de trouver une sortie à la crise qui affecte le secteur. Ces derniers veulent tout d’abord une meilleure rémunération de la part d’Uber, qui est la principale plateforme de VTC. Uber a décidé tout récemment d’augmenter la commission qu’il prélève sur chaque course. En contrepartie, les tarifs facturés à l’usager ont eux aussi augmenté. Mais ça ne suffit pas pour les syndicats, qui estiment qu’un chauffeur gagne, une fois tous ces frais déduits, moins de 4 euros de l’heure (soit moins de 50% du Smic).

En arrière-plan, c’est la régulation de ce nouveau système et des ses pratiques qui se joue. L’irruption des VTC a bousculé le secteur des taxis en créant une nouvelle concurrence moins chère et plus pratique, et en créant une nouvelle forme de travail non salarié.

Les VTC coincés entre les plateformes et les taxis

Pour encadrer tout cela, une loi est à l’examen (la loi Grandguillaume), qui imposerait aux nouveaux chauffeurs un examen un peu absurde. On va contrôler les connaissances du candidat en matière d’orthographe et d’anglais. Si elle passe telle quelle, cette loi mettrait en péril bon nombre d’entreprises de VTC.

Les chauffeurs se retrouvent coincés entre, d’une part, les exigences financières des plateformes qui leur donnent du travail, et, de l’autre, les taxis qui se plaignent de voir leur activité décliner à cause de la concurrence (surtout au moment où les touristes sont moins nombreux en France à cause des attentats). Ils voudraient un cadre qui les protège de ces deux risques. Il n’est pas anormal d’encadrer le secteur. Encore faut-il bien placer le curseur.

Il s’agit de pas tuer ce secteur, qui permet la création d’emplois, en particulier pour les jeunes pas ou peu qualifiés, qui n’ont guère de chance de s’intégrer. Une étude de la Coface, publiée la semaine dernière, estime que les VTC seraient à l’origine de 75% des créations d’entreprise en Île-de-France. Sur un an, cette nouvelle activité aurait en effet détruit 750 emplois chez les taxis, mais elle en aurait créé parallèlement 13.000.

Une activité sans salariat

Ce ne sont pas des emplois au sens classique : c’est une activité sans salariat. Chaque chauffeur est auto-entrepreneur. Mais c’est justement pour cela que cette activité s’est développée. Avec des chauffeurs salariés, les VTC seraient bien trop coûteux pour trouver des clients. Cela étant dit, il y a des pratiques d’Uber tout à fait contestables. Comme la déconnexion brutale, pour un temps variable, d’un chauffeur qui ne satisfait pas aux standards de l’entreprise. Ou les changements de tarifs décidés sans concertation.

On dit souvent que ces activités nouvelles préfigurent le travail de demain, qui sera non salarié. Ce n’est pas ce qu’on voit dans les chiffres, en France au moins. Il y a aujourd’hui beaucoup moins d’indépendants que dans les années 1970, car le salariat n’a cessé de se développer jusqu’en 2001. C’est vrai qu’à partir de cette date, le nombre total de travailleurs indépendants en France a recommencé à progresser, principalement dans le secteur des services. Il est de 2,8 millions aujourd’hui, avec toutes les professions libérales, les agriculteurs, les commerçants, les artisans. Mais cela ne compte que pour 10% de la population active au travail. C’est moins que dans les années 1990.

Pour en savoir plus: http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/uber-les-dessous-de-la-guerre-des-vtc-7786342160

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